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Caractéristiques
La couleuvre tessellée, (LAUERENTI 1768), appartient, avec la couleuvre à collier, (LINNAEUS 1758), et la couleuvre vipérine, (LINNAEUS 1758), au groupe des couleuvres aquatiques. On la reconnaît facilement à sa tête particulièrement anguleuse ainsi qu’à ses yeux dirigés vers le haut. Sa pupille ronde indique qu’il s’agit d’un serpent non venimeux et totalement inoffensif. Sa couleur de base varie fortement, les tons gris et beiges prédominant pourtant. On rencontre aussi des individus rougeâtres, jaunâtres ou totalement noirs. Le dessin se compose de taches plus ou moins marquées, noires à brunes, qui ornent le dos de l‘animal ainsi que ses flancs. Chez les individus les plus âgés, ces taches en forme de dés peuvent être complètement absentes. Le ventre est en général tacheté, mais on observe aussi de temps en temps des individus sans taches ventrales.
Les jeunes fraîchement sortis de l’œuf mesurent 14 à 24 cm. Après trois ans, ils ont une longueur d‘environ 40 cm et sont matures sexuellement. Les femelles peuvent atteindre 1.3 m. Elles sont plus corpulentes que les mâles qui eux ne dépassent guère 70 cm. Les grands exemplaires sont souvent âgés. Dans la nature, le plus grand âge observé est 26 ans!
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Couleuvre tessellée, Goran Dusej
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Répartition et habitat
La couleuvre tessellée est présente au sud et à l‘est de l‘Europe: Italie, Balkans et pays bordant la Mer noire. Son aire de répartition mondiale s’étend à l’Est jusqu’en Chine. En Suisse, elle n’est naturellement présente qu’au Tessin, au Val Mesocco ainsi que dans la partie méridionale du Val Poschiavo. Des populations introduites vivent au bord de quelques lacs au Nord des Alpes. De rares populations trouvées au bord de certaines rivières, en dehors de leur aire naturelle de répartition, sont également à mettre sur le compte de lâchers illégaux, qui ne sont pas acceptables d’un point de vue écologique.
La couleuvre tessellée est un serpent thermophile qui ne monte pas beaucoup en altitude. Il est rare de la trouver au-dessus de 500 m. L’observation la plus élevée est 880 m. Avec la couleuvre vipérine, la couleuvre tessellée est, en Suisse, l’espèce de serpent la plus fortement liée à l’eau. Les habitats situés loin des rives sont rarement colonisés. La couleuvre tessellée se tient de préférence au bord des eaux stagnantes ou à courant lent. On la trouve parfois le long de rivières et ruisseaux plutôt froids et au courant rapide.
La couleuvre tessellée affectionne tout particulièrement les rives pierreuses. Le long des berges artificielles, elle apprécie les gabions ou les murs avec suffisamment d‘ouvertures pour se réfugier. Les vieux murs de pierres sèches bien ensoleillés et certains ouvrages de consolidation des rives des lacs tessinois lui sont favorables. En revanche, elle ne trouve presque plus d’habitats naturels non soumis aux activités humaines. Ses habitats primaires ne sont présents que le long de certaines rivières situées en altitude, comme la Maggia ou la Verzasca. D’autres biotopes naturels, comme les forêts alluviales, les bas-marais ou les étangs, sont rarement colonisés, et seulement s’il y a suffisamment de petites structures pierreuses.
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Habitat de la couleuvre tessellée, Goran Dusej
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Moeurs
La température détermine le cycle annuel et journalier d‘activité de la couleuvre tessellée. La période de reproduction commence quelques jours après l’abandon des cachettes hivernales, c’est-à-dire dès le mois de mars. Il arrive souvent que plusieurs individus, parfois plus d’une douzaine, se retrouvent au même endroit. Après l’accou-plement, les femelles cherchent un endroit bien ensoleillé, protégé et tranquille, où elles pourront s’exposer au soleil. Elles ne quittent pas cet endroit durant plusieurs semaines afin d‘accélérer le développement des œufs. Suivant leur taille, les femelles pondent 10 à 30 oeufs au début de l‘été. Elles les déposent dans du matériel organique en décomposition (vieux tas de compost ou de fumier), ou alors dans des anfractuosités de mur ou d‘enrochement, ou sous des dalles de béton. Les éclosions ont lieu dès la fin-août et jusqu‘en septembre. Les nouveau-nés, totalement autonomes, chassent les petits poissons et les larves d‘amphibiens avant l‘hivernage.
Les adultes se nourrissent presque exclusivement de poissons qu’ils chassent avec adresse sous l’eau. Une faible proportion de son régime se compose d’autres animaux et notamment d’amphibiens. La couleuvre tessellée est capable de rester en plongée assez longtemps. On la voit souvent au fond de l’eau, immobile entre des pierres et guettant ses proies. Les gros poissons sont traînés sur la terre ferme et avalés sur place. Suit un copieux bain de soleil afin d’atteindre une température corporelle propice à la digestion. Lorsqu’il fait trop chaud, la couleuvre se cache sous la végétation ou dans son repaire où elle passe également les périodes de mauvais temps.
La couleuvre tessellée se défend de différentes manières: elle se gonfle, souffle très fort ou se précipite en avant, la gueule fermée, feignant de mordre. Elle aplatit alors souvent son cou, à la manière d‘un cobra. Si elle se fait attraper, elle déverse le contenu nauséabond de ses glandes cloacales qui se mélange à ses excréments. Elle devient ainsi inconsommable pour la plupart des prédateurs. Si le danger persiste, elle fait la morte, se tournant sur le dos et ouvrant la gueule en laissant pendre sa langue. Il arrive que de petits vaisseaux sanguins éclatent dans la gueule, simulant une blessure grave. La couleuvre tessellée ne mord pratiquement jamais.
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Couleuvre tessellée, Herbert Billing
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 Menaces
Le plus grand danger menaçant la couleuvre tessellée est la destruction progressive de ses habitats, que ce soit des biotopes très étendus ou de petites structures. Durant ces dernières décennies, les rivières et ruisseaux ont été canalisés sur des kilomètres, des fossés de moyenne importance ont été remblayés, de nombreux étangs et petits plans d’eau ont disparu. L’assainissement moderne de vieux murs proches des rives a un effet particulièrement néfaste. Des ouvrages de consolidation des rives, construits selon les règles de l’art durant des dizaines d’années et devenus «écologiques», sont remplacés ou scellés par du béton «stérile», faisant ainsi disparaître non seulement les populations existantes mais aussi les éléments de base pour la survie des populations futures.
D’autres menaces existent, comme les constructions dans les zones proches des rives, les inondations de longue durée peu avant ou pendant le repos hivernal, le manque de cachettes, de places ensoleillées, de sites d’hivernage et de ponte, les nuisances dues aux activités de baignade et aux bateaux, etc. Aucune étude n’a encore examiné dans quelle mesure toutes sortes de substances toxiques qui s’accumulent dans les organes internes via la chaîne alimentaire agissent sur la vitalité des couleuvres. On n’en sait pas plus sur les fluctuations de populations causées par des maladies (p. ex. des parasites). Le fait que de petits habitats avec une faible densité d’individus soient isolés pourrait aussi avoir des effets négatifs.
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Habitat de la couleuvre tessellée, Herbert Billing
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Protection
Afin de sauvegarder à long terme cette espèce fortement menacée en Suisse, les mesures urgentes qui suivent sont nécessaires:
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Protection de toutes les populations restantes encore intactes ainsi que de leurs habitats. En première priorité, il faut mettre sous protection les biotopes naturels ou proches de la nature, les aménager pour qu’ils répondent aux exigences de l’espèce et les entretenir.
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Maintien de petites structures (avant tout les ouvrages de consolidation des rives en pierres).
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Lors de cas urgents d’assainissement, les ouvrages de renforcement et d’aménagement des rives devraient être exécutés autant que possible en accord avec les exigences de l’espèce. Si cela n’est pas possible, il faut mettre à disposition des structures de remplacement à proximité.
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Dans les biotopes existants, l’offre en cachettes et en places ensoleillées devrait peu à peu être augmentée. Les murs de pierres sèches, les tas de pierres et autres petites structures pierreuses sont particulièrement appropriés.
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Dans les sites favorables, des endroits pour la ponte et l’hivernage devraient être mis à disposition. Ceux-ci devraient absolument être aménagés à l’abri des crues. Les vieux tas de fumier et de sciure sont particulièrement appréciés, mais aussi les tas de feuilles mortes et de petit bois, mélangés à des branches ou à des restes de bois. Dans la mesure du possible, il faut veiller à ce que plusieurs tas soient aménagés. Le danger d’une ponte en masse est ainsi réduit. Les œufs de serpents sont des proies convoitées par toutes sortes d’hôtes non désirés comme le sanglier, le renard ou le putois.
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Des herpétologues compétents devraient abso-lument être consultés pour la planification et la mise en place des mesures de protection
Signalez-nous vos observations!
Le Centre de Coordination pour la Protection des Amphibiens et des Reptiles de Suisse (karch) recueille systématiquement les observations de reptiles.
Texte : Doran Dusej
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