Liste Rouge des reptiles menacés en Suisse 2005

Les catégories décrivent les degrés de menace selon les critères établis par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). La Liste Rouge ne comprend que les espèces des catégories CR, EN et VU. Les espèces de la catégorie LC en sont exclues, ce qui ne signifie pas qu'elles ne sont pas menacées.

Les critères décrivent les raisons pour lesquelles une espèce donnée figure dans la Liste Rouge. Si le critère „A" est mentionné, cela signifie que l'espèce a fortement régressé. Le critère „B" relate la petitesse de l'aire de distribution de l'espèce. Une espèce peut figurer sur la Liste Rouge sur la base des deux critères. L'unité taxonomique retenue est la sous-espèce, dans un cas le clade génétique.


Espèce

Cat.

Critères
Cistude d'Europe Emys orbicularis orbicularis CR B2a,2b(iii)
Couleuvre vipérine Natrix maura CR B2a,B2b(iii,iv)
Vipère aspic Vipera aspis aspis CR B2a,B2b(iv)
Couleuvre verte et jaune

Hierophis viridiflavus viridiflavus

EN

B2a,B2b(iii, iv)

Couleuvre d'Esculape Zamenis longissimus EN B2a,B2b(iii, iv)
Couleuvre à collier Natrix natrix natrix EN A2c, B2a,B2b(iii, iv)
Couleuvre tessellée Natrix tessellata EN B2a,B2b(iii,iv)
Vipère aspic de Redi Vipera aspis francisciredi EN B2a,B2(iii,iv)
Vipère péliade Vipera berus berus clade nordique EN A2c, B2a,B2b(iv)
Vipera berus berus clade italien EN A2c, B2a,B2b(iii,iv)
Lézard agile Lacerta agilis agilis VU B2a, B2b(ii,iii)
Lézard vert Lacerta bilineata bilineata VU B2a,B2b(iii, iv)
Coronelle lisse Coronella austriaca austriaca VU B2a,B2b(iii, iv)
Couleuvre à collier Natrix natrix helvetica VU A2c, B2a,B2b(iii, iv)
Vipère aspic des Alpes

Vipera aspis atra

VU A2c, B2a,B2b(iii,iv)
Lézard des murailles Podarcis muralis muralis LC *
Podarcis muralis maculiventris LC *
Lézard vivipare Zootoca vivipara vivipara LC *
Orvet fragile Anguis fragilis fragilis LC *


Ce tableau est tiré du tableau 6 de la Liste Rouge officielle de 2005 (Monney & Meyer 2005)
Critères: augmenté de 1 catégorie, * avis d'expert

Liste Rouge des reptiles menacés en Suisse 2005
BUWAL und karch: Rote Liste Reptilien 2005

www.buwal.ch










Qu'est-ce qu'une Liste Rouge?

Les Listes Rouges sont un auxiliaire important de la politique de protection des espèces et des habitats. A la demande de l'Office fédéral de l'environnement, des forêts et du paysage (OFEFP), le karch a élaboré une nouvelle Liste Rouge qui sera publiée par l'OFEFP en octobre 2005 en tant que Liste Rouge officielle au sens de l'article 14, alinéa 3 de l'Ordonnance fédérale sur la protection de la nature du 16 janvier 1991.



Les critères UICN

La nouvelle Liste Rouge des reptiles de Suisse se base  sur les critères et les catégories de menace proposés par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Ils sont objectifs et utilisables pour tous les groupes d'organismes.

Les Listes Rouges de l'UICN sont basées sur l'estimation de la probabilité d'extinction d'un taxon dans un laps de temps déterminé. Selon les critères UICN figurent sur ces Listes Rouges soit les espèces dont l'aire de répartition est petite, soit celles qui ont subi une forte régression durant les 10 dernières années. Ce dernier critère ne tient donc pas compte des fortes régressions d'espèces qui ont eu lieu dès les années 1950. La structure de la banque de données reptiles du karch ne permettait  pas de prendre en compte de manière stricte la période de 10 ans  mentionnée dans les critères pour évaluer la régression des espèces.

Ces critères sont très restrictifs et une espèce figurant dans la Liste Rouge doit pouvoir bénéficier d'importantes mesures de protection.




Comparaison avec la Liste Rouge précédente

La proportion de taxons menacés est quasi la même pour la Liste Rouge de 1994 et pour celle de 2005, resp. 80% et 79%. Cette comparaison est rendue difficile pour plusieurs raisons :

- les critères d'évaluation ne sont pas les mêmes
- le nombre de taxons considérés est différent, resp. 14 espèces en 1994 et 19 sous-espèces ou clade génétique en 2005.


Parmi les principales différences, on peut relever :

- la présence de 3 taxons dans la catégorie CR (1 en 1994)
- le changement de statut de la Cistude d'Europe qui n'est plus considérée comme une espèce disparue de Suisse, mais comme une espèce en danger critique d'extinction (CR)
- l'absence du Lézard des murailles dans la nouvelle LR 05
- l'abandon du Lézard sicilien (Podarcis sicula), espèce non autochtone









Méthodes et résultats

Comment se sont déroulés les travaux pour réactualiser la Liste Rouge?

En 2002, des prospections ciblées ont évalué la répartition actuelle d'espèces particulièrement rares sur la base de données anciennes pour lesquelles le karch n'avait pas d'information récente : Couleuvre vipérine, Lézard vert et Vipère aspic sur le Plateau et dans le Chablais, Vipère péliade dans le Jura et les Préalpes occidentales. En 2003 et 2004, 43 collaborateurs ont prospecté un échantillon de 294 carrés kilométriques représentatifs des 6 régions biogéographiques de la Suisse et pour lesquels le karch ne disposait pas d'observations récentes pour une espèce donnée (espèce cible). Les données de terrain ont été récoltées de manière à pouvoir calculer un pourcentage de sites où une espèce est présente. L'analyse tient compte du fait que les animaux ne sont pas toujours visibles, évitant ainsi des estimations erronées de statut dues à une faible probabilité d'observation. Les résultats de ces recherches nous ont permis d'estimer la réduction globale des effectifs (critère A2c) pondérée par la probabilité de captures estimée grâce aux visites successives d'un même carré.

L'estimation de l'aire d'occupation de chaque espèce (critère B2) est basée sur les observations dont dispose le karch pour la période 1980-2004. Elle tient compte de l'étendue des biotopes favorables qui n'est pas la même suivant la région biogéographique où l'on se trouve. On peut relever que les travaux de terrain réalisés pour la Liste Rouge  2005 constituent une base de données exceptionnelle et sans précédente  pour une nouvelle réactualisation de la Liste Rouge dans une dizaine  d'années. Ce ne sont en effet pas moins de 2'415 nouvelles observations  de reptiles qui ont été faites dans les 294 carrés kilométriques  échantillonnés.



Quels sont les résultats les plus importants?

Les recherches ciblées menées en 2002 relèvent une forte régression d'effectifs et d'habitats des espèces les plus rares de Suisse (voir le tableau 1 de la Liste Rouge). Un autre fait inquiétant est l'indéniable régression d'espèces moins menacées et largement répandues. C'est le cas en particulier de la Couleuvre à collier pour laquelle nous avons estimé une régression supérieure à 30% selon les relevés 2003-2004. (voir le tableau 2 de la Liste Rouge).
Couleuvre à collier, Jean-Claude Monney

Carte: Répartition actuelle de la Couleuvre à collier (surfaces grises) et localisation des sites visités lors des travaux Liste Rouge en 2003 et 2004 (cercles blancs et noirs). Les cercles noirs sont les stations où la présence ancienne de la Couleuvre à collier a été confirmée. Les cercles blancs les stations où l'espèce n'a pas été retrouvée.










Conclusions pour la protection des reptiles

Les espèces de la Liste Rouge  ont une aire d'occupation très restreinte en Suisse (critère B), ou alors elles sont en forte régression (critère A).

Les espèces les plus rares et menacées d'extinction doivent bénéficier au plus vite de programmes spécifiques de conservation.

Pour les espèces plus largement répandues, il faut prendre les mesures nécessaires pour enrayer la diminution des effectifs et stabiliser , voire augmenter les populations.

Sur la base des priorités discutrées dans la Liste Rouge, le karch propose que les mesures suivantes soient prises ces dix prochaines années:

- Les éléments vitaux pour la plupart des reptiles sont les milieux buissonnants et bien ensoleillés, les amoncellements de pierres, de bois ou de branches. La densité de ces petits biotopes doit être fortement augmentée le long des cours d'eau et des lacs, en lisière de forêt et le long des haies, sur les talus routiers et ferroviaires, et plus généralement dans les zones cultivées et les terrains urbanisées.

- Des surfaces de compensation écologique doivent être aménagées spécifiquement pour les reptiles, en y incluant des petits biotopes tels ceux cités ci-dessus.

- La viticulture préservant les murs de pierres sèches et les îlots buissonnats doit être encouragée.

- La sylviculture doit prendre en compte la conservation des reptiles : mise en lumière des éboulis et autres habitats rocheux, création de lisières buissonnantes et herbeuses, élimination des résineux dans les zones sensibles.

- Intégration de mesures spécifiques pour les reptiles dans les inventaires fédéraux : Sites marécageux, Prairies maigres, Zones alluviales.

- Conservation de vastes biotopes naturels encore riches en espèces et non protégés.

-

Intensification de la collaboration entre le karch et les services cantonaux et fédéraux concernés par les biotopes à reptiles.






Mise en lumière d'un biotope à reptiles en forêt - un moyen efficace
de favoriser les lézards et les serpents.