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 Description
Dès le premier coup dil, on comprend le nom donné au triton crêté. A la saison des amours, le dos et la queue du mâle sornent en effet dune crête impressionnante, fortement découpée, qui lui confère lallure dun petit dragon. Le dos et les flancs sont brun noirâtre avec des taches noires rondes. Les flancs portent de petits points blancs. La queue est caractérisée par une bande nacrée latérale, très visible dans leau. La femelle est bien plus discrète, car elle ne porte ni crête, ni bande caudale nacrée, ni taches noires sur le dos et les flancs. Avec sa longueur de 12-18 cm, elle est généralement plus grande que le mâle, qui atteint 10-16 cm. Les deux sexes ont la face ventrale jaune clair à orange, avec des taches et des points noirs. Le dessin varie dun individu à lautre. Hors de la période nuptiale, la livrée est beaucoup plus sobre, avec du noir jusquau ventre et une crête fortement réduite. Chez la femelle, le cloaque et la partie inférieure de la queue restent de couleur orange, ce qui la distingue du mâle.
Le triton crêté italien ressemble étroitement au triton crêté. Il sen distingue surtout par une coloration des flancs et du ventre plus étendue et moins différenciée. Les petits points blancs manquent sur les flancs. Par ailleurs, la tête est plus fine et les pattes plus robustes. Enfin, la crête du mâle est moins développée.
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Triton crêté (Triturus cristatus), Kurt Grossenbacher

Femelle Triton crêté (Triturus cristatus), Kurt Grossenbacher
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 Distribution
Le triton crêté est présent dans toute lEurope centrale ou presque, du milieu de la France jusquà lOural et de lEcosse et la Scandinavie jusquaux Balkans en passant par le versant Nord des Alpes. En Suisse, on le rencontre au Nord des Alpes, jusquà une altitude de 1100 m. Il nhabite louest, le nord et le centre du pays que de manière ponctuelle, tandis quil occupe encore des régions étendues et de nombreux sites dans le nord-est de la Suisse. On compte environ 300 plans deau hébergeant lespèce dans lensemble du pays.
Le triton crêté italien est présent en Italie, en Basse-Autriche et au Tessin, où il nest pas rare et atteint laltitude de 1200 m. Il a en outre été introduit dans la région genevoise, où il a largement supplanté le triton crêté. On connaît actuellement une quarantaine de populations de lespèce en Suisse.
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Biologie / Habitat
Les moeurs des deux espèces sont analogues. Dès fin février - début mars, ils quittent leurs quartiers dhiver pour gagner les plans deau de reproduction. Ils recherchent tout particulièrement les bras morts et les mares de gravières situées dans les zones alluviales. Des plans deau étendus appartenant à des complexes marécageux, sont également colonisés. Leur préférence va aux étangs comptant 10 à 30 ans dâge, atteignant un bon mètre de profondeur, riches en végétation aquatique et présentant une couche de vase assez mince et bien décomposée, et exposés partiellement au moins au soleil. Les mâles arrivent au plan deau quelques jours avant les femelles, et ils recherchent de bons emplacements de parade. Il se constitue ainsi des petits groupes de mâles se disputant les faveurs des femelles. La danse nuptiale du mâle est spectaculaire. Lorsquune femelle approche, il va placer devant elle son corps incurvé comme un arc. Il ondule alors de tout son corps, de manière à mettre en valeur sa crête largement déployée. Il agit en outre sa queue de manière à diriger ses sécrétions odorantes vers la femelle, à laquelle il assène quelques véritables coups de queue. Si la femelle se montre séduite par ce cérémonial, le mâle va se détourner de quelques pas et déposer un paquet de semence sur le fond. La femelle, suivant le mâle, va saisir ce paquet de semence par louverture cloacale et la conserver dans une poche interne destinée à cette fin. Deux à trois semaines plus tard, la femelle se met à déposer les ufs fécondés un par un, enroulant une feuille avec ses pattes postérieures et y collant loeuf. La femelle mettra plusieurs semaines à déposer ainsi quelque 200 à 400 ufs.
L’accouplement et la reproduction demandent beaucoup d’énergie, et les tritons crêtés ont donc besoin d’importantes ressources alimentaires. Prédateurs éclectiques, ils adaptent leur alimentation en fonction des proies présentes et de leur taille. Outre des petits crustacés et des vers, ils s’attaquent aussi à des proies de plus grande taille comme des sangsues et des escargots. Les oeufs et larves d’autres espèces d’amphibiens figurent également en bonne place au menu du triton crêté, y compris ceux du crapaud commun, évités par les autres espèces de tritons. Une fois le rut achevé, en mai, les tritons crêtés demeurent encore deux à trois mois dans le plan d’eau, afin de constituer des réserves de graisse en vue de l’hiver et du printemps suivant.
Les tritons quittent létang entre mi-juillet et mi-septembre, pour gagner les habitats terrestres. Bien quils puissent parcourir plusieurs centaines de mètres, ils restent le plus souvent à quelques mètres seulement du plan deau. Leur vie terrestre est méconnue. Les tritons crêtés sont le plus souvent nocturnes, passant la journée terrés sous des blocs, dans des tas de cailloux, sous des racines, des souches ou des tas de bois. Ils ne salimentent probablement que très modérément durant cette période. A la fin de lautomne, ils gagnent les lieux dhivernage, souvent par groupes, pour y rester engourdis jusquau printemps.
Après que la femelle a enroulé les oeufs dans les feuilles, il faut attendre deux bonnes semaines avant de voir éclore la petite larve de 10 mm de long environ. Une mortalité dorigine génétique est observée à ce stade du développement. Une disposition particulière de la plus grande paire chromosomique provoque la mort de 50% des larves avant-même léclosion. Les larves écloses croissent rapidement. Après trois à quatre mois, les branchies disparaissent et la métamorphose survient alors que les larves mesurent entre 45 et 70 mm de long. Comme la rapidité du développement larvaire nest pas uniforme, on observe des jeunes métamorphosés quittant létang jusquen novembre. Comme les larves du triton crêté se tiennent volontiers en pleine eau, elles sont souvent la proie des larves dinsectes et des poissons. Ainsi, 5% à peine des larves écloses atteignent la métamorphose et quittent létang. La plupart des juvéniles retourneront dans létang natal dès le printemps suivant, mais ils natteindront la maturité sexuelle quà lâge de deux ou trois ans et pourront dès lors se reproduire à leur tour.
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Larve de Triton crêté italien (Triturus carnifex), Kurt Grossenbacher
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Protection
Leffondrement des effectifs du triton crêté observé durant les 25 dernières années en fait une espèce fortement menacée. Quels sont les causes de cette régression ? Le triton crêté recherche les régions présentant une forte densité de plans deau. La destruction et la dégradation des plans deau et des habitats terrestres est ainsi la principale cause de la diminution des sites à tritons crêtés. Les vastes complexes humides incluant des plans deau diversifiés se sont particulièrement raréfiés. Les dernières populations intactes du triton sont souvent modestes et très isolées les unes des autres, ce qui augmente le risque dextinction. Lempoissonnement des étangs est une menace supplémentaire, les poissons présents en grand nombre étant susceptibles danéantir une population de tritons crêtés en décimant leurs larves.
Les mesures de protection découlent des menaces mentionnées. Les sites à tritons crêtés existants doivent impérativement être protégés et entretenus. Ceci nécessite la coupe régulière de la végétation, afin de contrôler latterrissement et lenvasement de létang. Lassèchement temporaire de létang en hiver permet de supprimer les poissons indésirables. La protection ne doit pas se limiter à des plans deau de reproduction individuels, mais sétendre à la totalité des régions riches en plans deau et comprenant plusieurs populations de tritons crêtés, en incluant leurs habitats terrestres. La création détangs isolés, non inclus dans un réseau de plans deau, débouche rarement sur leur colonisation spontanée par le triton crêté, et représente donc une mesure de moindre intérêt pour cette espèce.
Auteur : Hannes Scheuber
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